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Respect de l'autorité

Hollande sifflé ce 14 juillet : pas de soumission aux autorités ?

L’information a vite fait le tour des rédactions, un président descend les Champs Elysée le jour de la fête nationale sous les huées et les sifflets, et les militaires de France sont applaudis. Conspuer le Président de la République mais saluer les armées de France : comme un symbole de la fracture entre les institutions et la réalité du pays qui peut encore se reconnaître dans ses soldats, prêts à verser leur sang pour lui, mais plus dans ses dirigeants, capables de réprimer illégalement l’opposition au pouvoir. Une réaction dans le peuple qui ne jure pas avec le devoir paulinien de soumission aux autorités.

Le visage fermé – un air martial exagéré ou la crispation ? – de François Hollande a traversé la célèbre avenue, sous des exclamations filtrées autant que possible, mais pas suffisamment, par la télévision, un rejet attribué par les journalistes aux seuls opposants au mariage et à l’adoption homosexuels. Comme pour en réduire la portée, comme pour opposer ferveur nationale et rejet de la loi Taubira après des sondages tendancieux demandant si les Français étaient lassés par La Manif Pour Tous. Un défilé devant une place bien moins densément peuplée qu’à l’habitude, témoignage probable de l’indifférence d’un peuple qui ne croit plus au pouvoir thaumaturge des incantations débutant par « Moi, Président ! » L’image de la rupture entre la France d’en-hautaineté et la France d’embastillés.

La soumissions aux autorités : la différence entre le légal et le légitime

Pays à l’histoire chrétienne, la France a connu l’enseignement sur la soumission aux autorités, celle établie dans le chapitre 13 de l’épître aux Romains. Une connaissance qui n’a pas empêché une meurtrière révolution, à laquelle une certaine classe politique fait aujourd’hui remonter la genèse du pays. Mais aussi une connaissance à nuancer, la tradition chrétienne n’exigeant pas la soumission aveugle. Le Magnificat en est l’un des exemples les plus parlants, il annonce le renversement des puissants, de façon spirituelle mais aussi terrestre pour certains, et c’est ce qui a valu son interdiction dans les églises sous diverses dictatures d’Amérique du Sud.

Dans cette même veine, on connaît la théorie du juste tyrannicide de saint Thomas d’Aquin, posant la pierre angulaire d’un régime démocratique : le peuple peut contester son roi si ce dernier n’agit pas dans le sens du bien commun. Une théorie proche de celle des monarcomaques, dont Théodore de Bèze, affirmant que le roi injuste devait être renversé. Mais sans même aller au tyrannicide, ces théologiens avaient déjà posé les jalons d’un droit à la contestation. Le pouvoir ne pouvait plus trouver sa légitimité dans Romains 13 quand il ne respectait pas le bien commun ou la loi naturelle. Un chapitre dans lequel l’apôtre Paul exposait en creux que le pouvoir venant de Dieu ne pouvait pas être le pouvoir accomplissant le mal : s’il faut craindre le juge, c’est parce qu’il veille au bien commun, à la vraie justice.

Le mépris d’une classe : l’incarcération de Nicolas « lui aura fait une expérience »

Craindre le juge, le magistrat au sens étendu, dont le premier de la République, ce n’est pas céder à ses caprices. La parabole de la veuve importunant le mauvais juge jusqu’à ce qu’il reconnaisse son bon droit (Évangile de saint Luc, 18) est l’un des exemples les plus connus, mais également le refus de saint Paul de se faire battre, et son appel à César (Actes 25). Or, depuis plus mois, le magistrat, sous la diversité de ses formes, s’en prend à la justice : interpellations pour port de t-shirts ou de pin’s représentant une famille hétérosexuelle, arrestations arbitraires d’opposants, condamnation outrageant même le sens de la justice dans le cas de Nicolas Bernard-Buss, ce jeune homme incarcéré à tort, ou encore interpellations de patriotes portant des drapeaux français, comme en ce 14 juillet encore ! Le tout dans un exemple d’illégalité presque parfaite assaisonnée de mépris politique qui va du Président de la République au « mur des cons » d’un syndicat de magistrats, en passant par la morgue haineuse du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls toujours adepte de la gonflette répressive, ou encore de Ségolène Royal qui a déclaré que l’incarcération de Nicolas Bernard-Buss « lui aura fait une expérience ». Un tel propos peu surprenant de la part de la candidate socialiste à la présidentielle de 2007, elle qui vantait la célérité de la justice chinoise.

Ne pas céder aux caprices du magistrat, c’est se reconnaître le droit, aussi bien légal que légitime, de manifester pour dire non. Comme Pierre préféra dire au pouvoir qu’il se soumettait d’abord à Dieu en cas de conflit entre deux normes dont l’une contredisait la justice. Et manifester, c’est aussi rappeler au chef de l’Etat qu’il n’est pas dispensé d’écouter les opposants à ses projets.

Une action parallèle aux critiques de magistrats et de policiers face aux abus de pouvoir du Gouvernement

Cette contestation dans le peuple n’est que la face la plus visible d’un malaise qui pénètre aussi les institutions : des juges ont dénoncé l’incarcération de Nicolas Bernard-Buss, et le trouble s’empare de la police dont plusieurs commissaires dénoncent le travail de police d’opinion qui leur est demandé. Une critique qui fait suite à la colère du syndicat de policiers Alliance au sujet de l’emploi des CRS face aux manifestants pacifiques contre la loi Taubira. Et dernièrement, c’est un délégué du procureur d’Angoulême qui a démissionné pour protester contre la justice politique, affirmant que le Gouvernement donne des instructions idéologiques et politiques au parquet pour sanctionner les partisans de la famille hétérosexuelle osant encore manifester. Une contestation qui effraie de plus en plus le pouvoir qui a lancé des enquêtes dans l’armée pour savoir quels sont les militaires opposés au mariage et à l’adoption homosexuels. Le ministre de la Défense a d’ailleurs choisi le 14 juillet, jour d’hommage aux forces armées de France, pour affirmer abusivement que les militaires avaient un devoir de réserve qui les empêchait de se prononcer sur la loi Taubira. Méconnaissant le droit des militaires de manifester et de s’exprimer quand ils ne sont pas en service, Jean-Yves Le Drian a asséné son opposition à la démocratie pour tous : « J’entendrai faire respecter [le droit de réserve] de manière implacable », avant d’en appeler au sens républicain des agents non civils de son ministère.

Mais cette république qu’agite le pouvoir pour réprimer et dénigrer toute opposition, c’est une république au sens travesti, qui n’est plus considérée comme la chose de tous, mais d’un groupe, d’un parti, d’un lobby. Une république qui s’oppose à une autre, la France, terre mais aussi bien commun des Français, bien public, « res publicae » des Français. C’est pourquoi ceux qui ont hué le Président de la République pour être enfin entendus de lui ont également tenu à saluer les militaires de France.

Témoignagéthique

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