you're reading...
Bioéthique

Emmanuelle Prada-Bordenave : « Attention aux tests génétiques vendus sur Internet »

Pour la patronne de l’Agence de la biomédecine, les tests génétiques accessibles sur certains sites basés à l’étranger peuvent délivrer des informations «sans pertinence ou potentiellement anxiogènes» pour des non-initiés.

 «La Croix» : En conclusion de son avis sur les autotests du VIH/sida, le Comité national d’éthique estime qu’il faut élargir le débat à d’autres tests pouvant être réalisés sans accompagnement médical, notamment des tests génétiques. Cela vous semble-t-il judicieux ?

Emmanuelle Prada-Bordenave (1) : Oui, tout à fait. Il est aujourd’hui nécessaire d’ouvrir le débat sur les tests génétiques, sur leur finalité et surtout sur le risque auquel on s’expose en achetant sur Internet un test de ce type. C’est important de dire que le conseil génétique s’inscrit dans une démarche de soins et d’accompagnement.

Ces tests, vendus en accès direct, ne peuvent délivrer qu’une information dénuée de pertinence et potentiellement dangereuse. Il convient aussi de rappeler que l’achat de ces tests sur Internet est interdit pour les personnes résidant en France. Cela est passible de 15 000 € d’amende et d’un an de prison. Mais il est bien difficile de tout contrôler et d’empêcher tout achat via des sites basés à l’étranger.

 Quels types de tests trouve-t-on sur Internet ?

E. P.-B. : La plus grosse partie de l’offre concerne des tests prédictifs, visant à donner une information sur le surrisque de développer un jour telle ou telle maladie. Les fabricants savent que s’ils veulent gagner de l’argent, ils doivent cibler des maladies fréquentes dans les populations vivant dans les pays favorisés. On trouve donc des tests sur le diabète, l’hypertension artérielle, la maladie d’Alzheimer…

La première limite est que ces pathologies ne sont pas monogéniques (NDLR : résultant de l’altération d’un seul gène), mais sont liées à divers facteurs environnementaux (modes de vie, alimentation…). Le facteur génétique n’est qu’un élément parmi d’autres. Imaginons le cas d’une femme qui va acheter un test pour savoir si elle est porteuse ou non d’un gène de prédisposition au cancer du sein.

Si ce test lui dit que ce n’est pas le cas, sans autre précision, cette femme pourra très bien se dire que, n’étant pas porteuse du gène, elle est assurée de ne jamais développer cette maladie au cours de sa vie. Elle peut alors négliger certaines mesures de prévention, sans savoir que la prédisposition génétique n’est à l’origine que d’un nombre très limité de cancers du sein. Parfois, à l’inverse, ces tests vont créer des angoisses inutiles ou démesurées.

 Dans quelles circonstances ?

E. P.-B. : Par exemple, le test va dire à une personne que, par rapport au reste de la population, elle a un risque multiplié par deux de développer telle maladie. C’est une information qui peut être très impressionnante, voire angoissante pour un non-initié. Mais prenons le cas d’une maladie rare, qui va toucher 0,004 % de la population. Avoir un risque multiplié par deux signifie que ce risque passe à 0,008 %.

 L’interview en entier : http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Emmanuelle-Prada-Bordenave-Attention-aux-tests-genetiques-vendus-sur-Internet-2013-04-15-942720

Publicités

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :